Le Prisonnier de l'île aux pécheurs - épisode 33
- Alain DECORTES
- 24 avr. 2020
- 4 min de lecture

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Le bruit assourdissant des deux détonations successives résonna dans l’habitacle. Claire et Bruno ne réalisèrent pas immédiatement la situation.
La conductrice fut la première à voir les deux motards s’effondrer. Soudain, elle perçut une sensation de brûlure derrière le cou sans en comprendre la raison.
Renaud venait d’appuyer sur la nuque de Claire le canon encore chaud du Sig-Sauer sorti de sa poche.
– Bruno, au moindre geste, je la descends ! Toi, Claire, démarre !
Ils étaient abasourdis ! Après avoir tué de sang-froid les deux gendarmes, Renaud menaçait maintenant avec son arme les deux occupants de la Mini. Mais comment pouvait-il être en possession d’un pistolet ? Et pourquoi ?
Renaud insista en appuyant un peu plus le canon du Sig-Sauer contre la nuque de Claire.
– Démarre ! répéta-t-il.
Elle n’attendit pas une nouvelle injonction. Elle démarra.
– Où va-t-on ?
– Pour l’instant droit devant, répondit-il. Dan avait raison de se méfier. Et dire que je ne voulais pas le croire.
– Je vous interdis de... Mais qui êtes-vous, à la fin ?
– La renégate que tu es n’a rien à interdire à un guide de notre Église. Sache seulement que Dan craignait que tu faillisses à ta tâche. C’est pour cela que j’ai rejoint le groupe dans le rôle du faux captif sans prévenir personne, ni Jérôme, ni Norbert, ni toi. Le plus cocasse dans l’histoire est qu’il était prévu que je me joigne à toi au cas où tu t’enfuies. Dieu l’a bien voulu ainsi, puisque tu es venue me chercher. En revanche la présence de Bruno ne figurait pas dans ce plan de rechange, mais nous allons rapidement arranger cela.
Machiavélique était le seul mot qui venait à l’esprit de Bruno resté muet après ce coup de théâtre. Ainsi Renaud était un guide des Soldats de la rédemption. Certainement un « commandeur ». Le professeur d’histoire connaissait l’importance du rôle de cette fonction dans la secte.
Quand je pense que c’est moi qui ai insisté pour aller le récupérer dans sa chambre ! regretta-t-il. Quel imbécile j’ai été !
Il aurait voulu intervenir, mais l’arme appuyée contre la nuque de Claire lui interdisait toute initiative.
La Mini reprit sa course en laissant derrière elle les corps des motards étendus sur la route. Claire conduisait sous la menace du Sig-Sauer et commençait à réaliser l’horreur de la situation.
Tout ça pour rien ! Le Commandeur a tué les gendarmes. Maintenant c’est à mon tour ! Mon Dieu, pourquoi n’ai-je pas retrouvé ma lucidité plus tôt ? Et Daniel dans tout ça ? Si ce que dit le Commandeur est vrai, il s’est montré diabolique. Il m’a fait surveiller ! Comment pouvait-il se douter que je refuserais d’empoisonner Bruno, alors que j’ignorais moi-même ma volte-face de dernière minute ? À moins que… non, pas Daniel…
– Prends la petite route à gauche ! ordonna Renaud.
Après deux cents mètres de bitume et autant de cailloux et d’ornières au milieu des bois, le chemin aboutit dans une clairière.
– Stop ! Coupe le moteur et donne-moi les clés !
Tous quittèrent la Mini à la demande du Commandeur. Sous la menace de l’arme, Claire et Bruno durent s’écarter et tenir les bras levés en gardant le dos tourné.
L’homme devait improviser. Ce n’était pas son genre, mais cette fuite n’était pas prévue au programme Il ouvrit d’une main le coffre de la voiture, tenant le pistolet de l’autre. Il poussa sur le côté le sac de voyage qui appartenait à Claire, souleva la vieille couverture et trouva à côté du kit anti-crevaison une sangle et deux tendeurs. Faute de mieux, il s’en accommoderait. Il les sortit, puis s’adressa à Bruno :
– Bruno ! Reculez jusqu’à l’arbre, là-bas !
Le professeur d’histoire s’exécuta.
– Très bien. Maintenant, dos à l’arbre et passez vos mains derrière le tronc !
Renaud s’adressa alors à Claire en lui remettant la sangle prise dans le coffre de la Mini.
– À toi, maintenant ! Tu vas lui attacher les mains. Et attention, je veux des nœuds bien serrés. Je reste à côté de toi pour surveiller ton travail.
Cette voix, elle connaissait cette voix ! Quand l’avait-elle entendue ? Où ?
Claire attacha avec regret les poignets de Bruno. Qu’allait faire le Commandeur, maintenant ? Les tuer tous les deux ? Certainement ! Mais alors pourquoi cette mise en scène ?
Une fois que Claire se fut acquittée de sa tâche, le Commandeur s’assura que les liens étaient bien serrés.
– Te voici enfin redevenue obéissante, lui lança-t-il.
L’articulation des mots... le timbre… Claire venait de reconnaître la voix du Commandeur. Elle se tétanisa.
Engelmatt ! C’était à Engelmatt qu’elle l’avait entendue. Comment avait-elle pu oublier ?
Elle se mit alors à trembler, et perdit toute pensée rationnelle.
Grâce à cette réaction, Renaud comprit que Claire Lachard avait identifié sa voix. Finalement, c’était très bien ainsi. Elle serait de nouveau malléable.
Il lui passa le bras devant la poitrine et lui plaqua le dos contre son torse. Il lui mit la crosse du pistolet dans la main et lui ordonna :
– Rachète-toi et tue-le !
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